Hausse des taxes – pourquoi, pour qui ?

La nouvelle est tombée la semaine dernière : les étudiants de l’Université de Fribourg devraient payer jusqu’à 200 francs supplémentaires par semestre pour étudier dans la cité des Zaehringen. Quelles en sont les raisons ? JULIE BRUELHART

« Mobilisez-vous pour notre Université » : voici le slogan utilisé par l’Association des étudiants de l’Université Fribourg (AGEF) lors du lancement de la pétition sur les réseaux sociaux. Cette démarche, qui a récolté près de cinq mille signatures a pour but de mobiliser les étudiants contre la hausse des taxes semestrielles demandée par le Rectorat auprès du Conseil d’Etat. La stratégie adoptée par l’AGEF face au rectorat se veut positive. Du côté du rectorat, la réaction des étudiants était attendue : « Le mécontentement de l’AGEF face à une hausse était prévisible. Cette pétition a permis de se rendre compte des différents points de vue au sein des membres de l’Université en laissant place à une discussion pour une dernière procédure de consultation. L’AGEF a été informée de la hausse assez tôt pour prendre position et réagir », explique la rectrice Astrid Epiney.

Raisons du désaccord entre l’AGEF et le rectorat

Au printemps dernier, le sénat de l’Université de Fribourg adoptait sa planification annuelle pour les années 2018 à 2022. Ce document liste les diverses mesures pour l’amélioration et le développement de l’Université, autant au niveau de l’administration, de l’enseignement ou des infrastructures. Quelques mois après, durant l’été, le rectorat annonce que la réalisation de ces buts ne peut se faire sans une hausse du budget de l’établissement universitaire. Ainsi, une demande d’aide financière supplémentaire est faite au Conseil d’Etat, avec succès, puisque ce dernier promet une hausse substantielle jusqu’à 17 millions par année. Mais l’histoire ne s’arrête pas en si bon chemin. Selon le rectorat, les étudiants doivent également participer au financement de ces diverses mesures : «Chaque étudiant paie aujourd’hui uniquement une infime partie de sa formation», insiste Astrid Epiney. Et d’ajouter : « Les coûts de la vie sont moindres à Fribourg par rapport à ses voisins romands. Cette hausse ne poussera pas les étudiants à changer d’université, la taxe semestrielle n’est pas un élément décisionnel dans le choix de l’Université ».

Du côté de l’AGEF, ces arguments ne convainquent guère : « Des études coutent très chères. Outre la taxe semestrielle, d’autres frais viennent s’ajouter comme le prix des livres, des inscriptions aux examens ou tout simplement les frais relatifs au logement et à la nourriture », remarque Jean-Thomas Vacher, co-président de l’AGEF. « La plupart des étudiants travaillent déjà pour financer leurs études. Beaucoup vont essayer d’augmenter leur pourcentage, au détriment des cours. Cela ne fera que rallonger le temps passé à l’Université et engendrera également des coûts ».

Taxe semestrielle des Universités suisses

Lausanne :
580 francs
Genève :
500 francs
Neuchâtel :
550 francs
Fribourg :
650 francs
Bâle :
850 francs
Saint-Gall :
1’226 francs
Berne :
805 francs
Zurich :
700 francs

Où irait cet argent ?

Pour le rectorat, si l’on regarde la moyenne suisse du montant de la taxe semestrielle, Fribourg est en dessous de la moyenne nationale même si elle est déjà la plus chère de la région romande : « Avec cette hausse, l’Université de Fribourg vise la moyenne nationale du montant des taxes semestrielles ». L’AGEF a annoncé que la hausse pourrait atteindre 35%, ce qui permettrait à l’Université de toucher 4 millions de francs supplémentaires par année. Selon le rectorat, l’argent ira dans un pot commun où l’on puise pour différents projets et financements comme le Welcome Center. Davantage de détails se trouvent au sein de la planification pluriannuelle. En effet, plusieurs points nécessiteraient une hausse de financement, notamment pour dégager de nouveaux postes de professeurs ou pour gérer l’augmentation croissante du nombre d’étudiants dans les domaines tels que la pédagogie curative ou les sciences du sport. Astrid Epiney assure que la hausse des taxes sera également bénéfique pour les étudiants : «Les améliorations auront surtout lieu dans les domaines où des rapports convenables entre les professeurs et les étudiants ne sont aujourd’hui plus assuré s».

Mais, cette hausse ne cache-t-elle pas aussi la construction du nouveau bâtiment (colossal) pour la Faculté de Droit ainsi que l’introduction du Master en médecine dès 2019 ? « Pas forcément, car l’argent ne financera pas directement ces projets. Bien entendu, nous allons vers une votation importante pour l’Université de Fribourg et la question de la participation des étudiants au projet de la construction du nouveau bâtiment pour la Faculté de Droit sera un des points de discussion lors de la campagne politique », ajoute la rectrice.

Et pour la suite ?

Il est également important de mentionner le rôle du canton dans cette situation. Ce dernier participe aux frais annuel de l’Université de Fribourg à une hauteur de 42.5%. Dans les autres cantons comme celui de Vaud, le canton finance l’Université de Lausanne à 65%. Avec l’augmentation de l’aide financière dès 2018 (jusqu’à 17 millions, voir plus haut), le canton de Fribourg fait néanmoins un pas en avant. Mais ceci correspond à une hausse de 18% par rapport à l’aide annuelle allouée à l’Université alors que l’augmentation des taxes semestrielles prévue dès 2018 correspond à une hausse de 35% pour les étudiants.

Dans les prochains jours, le rectorat va s’entretenir avec les différents groupes d’intérêt concernant la demande définitive faite au Conseil d’Etat. La décision quant à la hausse interviendra au début de mois de novembre lorsque le Conseil d’Etat décidera si oui ou non, les étudiants payeront plus et si oui, combien. Entre temps, l’AGEF a formé des groupes de travail chargés notamment de parlementer avec les autorités politiques et d’organiser la manifestation du 9 novembre. L’événement débutera à 15h dans la cour du site universitaire de Miséricorde et se poursuivra en ville de Fribourg. Il ne reste plus qu’à espérer que les dés ne seront d’ici là pas déjà jetés.

Manifestation

  • Quand : 15h, 9 novembre
  • Où : Site universitaire Miséricorde
  • Qui : Tous les étudiant(e)s

Avis des rédacteurs politiques

Comme chaque étudiant, nous avons appris la hausse des taxes semestrielles via Facebook la semaine dernière. En tant que rédacteurs du journal des étudiants, nous n’avons à aucun moment été mis au courant de l’affaire, d’où notre article quelque peu tardif. Passons. « Etudiants, mobilisez-vous », le message de l’AGEF et de son comité a fonctionné : près de 5’000 signatures pour la pétition, les étudiants de Fribourg ne sont pas si mous que l’on pensait.

Venons-en à l’objet de cet article, soit la hausse des taxes semestrielles. Pour nous, cette hausse est inacceptable ! Ce que le rectorat demande aux étudiants comme investissement pour le futur n’est pas moins qu’un instrument de marketing pour le développement de l’Université, qui plus est avec des arguments très flous. Les étudiants n’ont pas été questionnés s’ils souhaitaient le développement de l’université ! Les étudiants n’ont pas été questionnés s’ils souhaitaient participer aux coûts des projets pharaoniques pour cette extension ! Nous, les étudiants, avons été mis de côté comme de vulgaires enfants face à cette décision, qui pourtant concerne bel et bien nos déjà bien petits porte-monnaies. Nous devons, étudiants, prendre part à la manifestation du 9 novembre pour montrer que Fribourg et l’Université n’est rien sans nous.

Beaucoup de travail du côté de l’AGEF dans cette affaire, certes, mais finalement à quoi bon lorsque l’on entend que la hausse serait d’ores et déjà acceptée ? A quoi bon organiser une manifestation le 9 novembre alors que le Conseil d’Etat aura d’ici-là peut-être déjà pris la décision ? Pourquoi l’AGEF adopte une attitude « positive » face au Rectorat quand celui-ci impose sans aucune discussion, ni avec les étudiants ni avec les Facultés, une hausse massive des taxes semestrielles ? Nous avons bien peur que tout comme notre article, la réaction de l’AGEF arrive trop tard…

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Crédits photo : W.C. Colares

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